
Matt Redman n'y va pas par quatre chemins. Ce jeune conducteur de louange britannique, compositeur de chants à succès comme
The Heart of Worship ,
Better is One Day et
Let Everything that Has Breath est un âpre défenseur d'une adoration qui "brûle" et qui ne se laisse pas griser par la mode. Un homme étonnant de lucidité, un artiste créatif et passionné débordant d'une adoration simple et vraie. Portrait.
Au coeur de la louange La profondeur de coeur du responsable de la louange de l'église
Soul Survivor de Londres est frappante. Quand on lui demande comment il a rencontré Dieu, il répond simplement :
"J'ai toujours grandi avec une certaine conscience de Dieu. Je lui parlais. Quand j'ai eu 10 ans, j'ai entendu l'évangile dans une mission à Londres, et cela a conclu l'affaire." Son père mort quand il avait 7 ans, il parle de Dieu comme un
"Père pour ceux qui n'en ont pas". Alors on comprend mieux l'ardente motivation de son coeur pour l'adoration.
"On peut admirer quelqu'un sans s'émerveiller, on peut apprécier sans s'émerveiller, on peut peut-être même se prosterner sans s'émerveiller. Mais on ne peut pas adorer sans s'émerveiller."Car son cheval de bataille, c'est une adoration profonde dans l'église :
"Nous ne venons pas dans un bâtiment. Nous venons nous joindre aux 'myriades d'anges dans la joyeuse assemblée'. Nous venons tout près du trône de Dieu dans le cieux. Quand on commence à voir l'adoration sous cet angle, il n'y a aucun danger de simplement 'chanter des chants'." "Nous devons réaliser, avec les yeux de la foi, que l'adoration est un évènement spirituel, bien avant d'être un évènement musical."Pour mieux comprendre son combat, l'auteur de
The Heart of Worship (
Je reviens au coeur de la louange dans sa traduction française) nous explique dans quelles incroyables circonstances ce chant a été composé.
"La chanson est venue d'une période que nous avons vécu à notre église. Ce fut une saison troublante en tant que conducteur de louange. Nous étions une église qui était vieille de seulement quelques années, et malgré cela nous avions néanmoins perdu les vibrations dans notre adoration qui semblait nous caractériser. Au lieu de nous lancer dans l'adoration quelles que soient les circonstances, nous sentions qu'il y avait trop de facteurs externes en jeu. Quelquefois je sentais que les gens allaient s'y mettre seulement s'ils pouvaient "entrer dans la chanson", ou si le son était parfait ou s'ils aimaient le conducteur de louange.
Alors Mike Pilavachi, le pasteur, a fait une chose très courageuse. Il a enlevé le groupe musical, pendant une saison. Nous nous sommes tous entassés dans une plus petite pièce sans aucunes lumières, musiciens ou système de son. Le test à faire était de vérifier si nous pouvions adorer sans dépendre de toutes ces choses externes. Elles peuvent être utiles, mais pas si nous devenons trop préoccupés ou dépendants d'elles. Ce fut un moment rempli de défis, mais lentement nous avons commencé à retrouver ce que nous avons appelé "le cœur d'adorateur". Et il y avait une nouvelle fraîcheur au sujet de notre approche de Dieu dans l'adoration.
Alors, j'ai écrit une petite chanson, qui décrivait simplement ce qui nous est arrivé en tant qu'église : "Le chant terminé, le rideau retombe. Je viens simplement porter mon offrande, car j'ai le désir de réjouir ton coeur. J'apporte plus qu'un beau chant, chanter ne suffit pas pour répondre à ton appel. Les apparences sont trompeuses, tu vois bien au delà, Oh Dieu tu sondes mon coeur. Je reviens au coeur de la louange, tout est centré sur toi, centré sur toi Jésus."L'adoration, une mode... éternelle !Lorsqu'on lui parle de la musique chrétienne contemporaine, de mode ou
de succès commercial, Matt Redman répond responsabilité, humilité et prudence.
"J'ai entendu quelqu'un parler de la 'mode de l'adoration'. Pour être honnête, je trouve ça assez amusant. Si c'est une mode et bien c'est la seule qui soit éternelle ! L'adoration est là pour durer, dans tous les temps et pour l'éternité." Le phénomène des groupes de rock faisant de la musique chrétienne l'a amené à réfléchir sur le sujet.
"Une chose que j'aimerais souligner est de faire la disctinction entre ce qui a rapport à l'église et le reste. J'ai entendu tellement de gens dire (NDLR : à propos de la musique chrétienne faite par des groupes de rock )
'C'est aussi de l'adoration'. Oui, dans un sens ça en est. Mais ça ne signifie pas que tout type de musique est nécessairement bonne pour conduire les gens dans la louange. J'aimerais que l'on puisse faire une distinction plus nette." La notoriété ? Il n'en fait ni un plaisir recherché, ni un fardeau. Il se dit "sensible au fait que Dieu nous fasse confiance [...] Nous devons simplement être sûr de prendre régulièrement du temps pour nous courber et nous remémorer tout ce que cela signifie."
En effet, l'humilité caractérise l'homme. Il n'hésite pas à prendre un mois sabbatique pour se ressourcer auprès de sa famille. C'est ce qu'il a fait entre
The Father's Song et son dernier album
Where the angels fear to tread.
"Je me sentais comme un adorateur qui donne plus qu'il ne reçoit. Il y a une chose qu'il faut savoir attendre, une révélation divine, celle qui est toujours 'Il est Dieu'"Pour ce qui est du succès commercial de la louange, il tient à rappeler la
prudence nécessaire :
"Pour chaque chant qu'on écrit, pour chaque moment que l'on dirige, pour chaque album produit, il faut se demander 'Est-ce vraiment une offrande dans laquelle Dieu prend plaisir ?'"Pour une louange biblique et créativeMatt ne cache pas son goût prononcé pour la créativité dans la louange.
Pour autant, il n'oublie pas le fond.
"Il y a un équilibre à trouver et je crois que la clé est de réaliser que simple ne veut pas dire vide. Je me mets moi-même au défi d'utiliser et d'écrire quelques chants de louange simples qui sont remplis de profondes vérités de Dieu et de la révélation de Sa Parole."En atteste, le presque controversé, et en tous cas anti-conformiste
I Will Dance, I Will Sing (
Oui je danse, et je chante dans sa traduction française) :
Oui je danse, et je chante comme un fou pour mon Roi. Rien ne peut empêcher ma passion de s'exprimer. Et je veux bien avoir l'air encore un peu plus fou.
Car Matt Redman est avant tout un compositeur connu et reconnu. Son leitmotiv, la simplicité. Il cite volontiers l'auteur américain Stephen King, qui disait au sujet de l'écriture : "Ecrivez la porte fermée, Réécrivez la porte ouverte.". Inspiration, transpiration. Pour Matt, la simplicité mène à la spontanéité :
"Plusieurs des chants d'un séminaire peuvent être pris par un groupe de maison ou joué sur une seule guitare par exemple. C'est une forme qui peut permettre la spontanéité. C'est une clé pour moi."Le compositeur défend également volontiers le renouvellement dans la musique. "Il est important de demeurer sensible à la créativité et à se renouveler musicalement. Pour nous pousser à aller plus loin".
Et ce qu'il déclare finalement sur l'avenir de la louange contemporaine lui ressemble bien :
"J'espère que le mouvement va se développer dans toutes les directions. J'espère que le mouvement va s'approfondir en ce que les paroles vont être intensément bibliques et poétiques, et que les chansons vont avoir une meilleure base spirituelle plutôt que d'être simplement décorées musicalement. J'espère que le mouvement va s'étendre, en ce que nous verrons une amplification des expressions créatives se répandre. Et, j'espère que le mouvement s'élèvera, encore plus verticalement et centré sur la personne de Dieu que nous ne l'avons vu précédemment."Karel LEORIERDiscographie :Where Angels Fear to Tread (2002)
The Father's Song (2000)
The Heart of Worship (1999)
The Frienship and the Fear (1998)